Actualités * Brest, nouvelle étape de l'agonie du Clemenceau

Publié le par Maverick-Olivier

Brest, nouvelle étape de l'agonie du Clemenceau...

BREST, Finistère (Reuters) - Promis à la démolition, l'ancien porte-avions Clemenceau est rentré à Brest, où il a été construit il y a une cinquantaine d'années, après un périple de 18 000 km entre Toulon, l'océan Indien et l'Atlantique, en passant par le canal de Suez et le cap de Bonne-Espérance.

La coque Q 790, tirée par le remorqueur de haute mer Sable Cape, a franchi le goulet de la rade de Brest, dans la brume, vers 8h00.

Sous un ciel gris, d'autres remorqueurs se sont aussitôt placés autour de la coque pour prendre le relais du Sable Cape et assurer les manoeuvres dans la rade du grand port breton.

Des militaires et du personnel spécialisé pour le remorquage avaient auparavant été déposés par hélicoptère sur la coque du "Clem", longue de 266 mètres et aujourd'hui couverte de rouille.

Sous la surveillance de commandos de marine, la coque, dépourvue de tout moyen de propulsion autonome, a ensuite été tirée et dirigée par une dizaine d'embarcations vers le fond de la rade, avant d'accoster à 10h00 à l'épi 4 du port militaire, son poste d'amarrage lorsqu'il était en service.

"Quand on l'a vu passer dans le goulet, ça a été un moment d'émotion et j'ai pensé à tous les marins qui avaient servi à son bord. Il y avait beaucoup de monde, les Brestois étaient là et le souci de tous était que ce soit fait dignement", a déclaré l'amiral Laurent Merer, préfet maritime de l'Atlantique.

"Tous les horaires ont été respectés à la minute près et ce n'était pas simple, même si on a eu un peu de chance avec la météo", a-t-il ajouté.

Après l'accostage qui a pris plusieurs minutes, quelques dizaines de personnes seront encore mobilisées durant deux jours pour amarrer solidement la coque, à l'aide de gros câbles - les aussières - et de coffres.

"Il va falloir s'assurer qu'elle résistera aux tempêtes d'ouest et de sud-ouest", a précisé l'amiral Merer car la coque surmontée de son "château", d'une hauteur totale de 60 mètres, sera très exposée au vent.

APPEL D'OFFRES A L'AUTOMNE POUR LE DEMANTELEMENT

Une quinzaine de jours seront ensuite nécessaires pour mettre en sécurité l'ex-Clemenceau qui, désarmé en 1997, n'est plus qu'une coque vide sans électricité ni ventilation.

"Il va falloir réinvestir progressivement les locaux, s'assurer de la salubrité de l'air, remettre de l'éclairage et faire des mesures d'empoussièrement", a précisé un porte-parole de la préfecture maritime.

Une mission d'expertise devra déterminer la nature et la dangerosité des matériaux qui sont toujours à bord, à commencer par les quantités d'amiante encore présentes et qui ont fait depuis deux ans l'objet de polémiques médiatiques et judiciaires entre le gouvernement et les organisations écologistes.

Une première opération de désamiantage effectuée à Toulon aurait laissé d'importantes quantités d'amiante à bord, selon l'organisation Greenpeace.

L'arrivée de l'ex-Clemenceau à Brest est la dernière étape d'un périple qui avait débuté le 31 décembre dernier à Toulon.

La coque remorquée avait été bloquée durant plusieurs jours à l'entrée du canal de Suez, puis les autorités judiciaires indiennes avaient refusé qu'elle rejoigne les chantiers navals d'Alang où elle devait être démantelée.

Le président Jacques Chirac, à la veille d'un voyage officiel à New Delhi, avait alors pris la décision, conformément à un arrêt du Conseil d'Etat, de faire revenir l'ancien porte-avions en France.

Un appel d'offres pour la déconstruction et le désamiantage complet du navire devrait être lancé à l'automne et la coque pourrait être confiée au chantier destinataire du marché début 2008.

A Brest, de nombreux élus, les syndicats de l'arsenal et plusieurs industriels souhaitent la création d'un chantier de déconstruction pour démanteler sur place l'ex-Clemenceau.

Interrogée sur ce démantèlement à la sortie du conseil des ministres, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a assuré que les "règles et procédures juridiques se dérouleront tout à fait normalement".

"C'est à la suite de cela que nous pourrons voir d'abord sur le Clemenceau, ensuite plus largement dans le cadre d'une filière européenne des navires en fin de vie, comment se feront les réparations et où se feront l'exercice de compétences", a-t-elle ajouté.

** maverick **


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article