Ce mot en six lettres obsède tout le monde

Publié le par Maverick-Olivier

Actualité Nantes

Ce mot en six lettres obsède tout le monde

L'emploi. Qu'on l'appelle boulot ou taf, c'est le nerf de la guerre. Le travail, de plus en plus intermittent, s'est éloigné. Entre espoirs et déceptions, il y a la zone franche...

Les lumières s'allument plus tard. La Zup (Zone à urbaniser en priorité) souffre de longue date d'un mal endémique. La cité-dortoir, dont le premier bâtiment à sortir de terre fut un siège de banque, celui de la Banque Populaire Bretagne Atlantique, ne voit plus partir ses métallos de Dubigeon, ses OS de Frigécrème ou ses brasseurs de la Meuse, en mobylette, au petit matin. Au fil du temps, les lumières des HLM se sont allumées de plus en plus tard, faute de pouvoir et parfois de vouloir aller gagner sa croûte : ainsi, 18 % des couples ayant des enfants n'ont pas de lien avec le monde du travail, le père et la mère étant inactifs ou au chômage. Et quand les actifs occupent un emploi salarié, c'est plus souvent qu'ailleurs un contrat à durée déterminée, un bout d'intérim, un emploi aidé ou un poste de stagiaire. Et trop souvent du temps partiel subi.

A Bellevue, ils sont un peu plus de 2 300 foyers, sur 6 000, à disposer de moins de 740 € par mois.

A Bellevue, ils sont un peu plus de 2 300 foyers, sur 6 000, à disposer de moins de 740 € par mois.

Vaincre la spirale infernale. Pas de travail, pas de pouvoir d'achat. À Bellevue, ils sont un peu plus de 2 300 foyers, sur 6 000 (1), à disposer de moins de 740 € par mois. Les chiffres des services fiscaux confirment : le riche du quartier est un pauvre en centre-ville. Quand on vit ici, un mot revient 20 fois par jour : emploi. Il obsède tout le monde. Les habitants, les commerçants, les travailleurs sociaux, les politiques. Pour faire économie de maux, la Zup est devenue une ZRU (Zone de redynamisation urbaine). Pas suffisant. On a donc franchi le pas de la Zone franche.

Ces jours-ci, on inaugure à tour de bras. La maison de l'emploi ici, un programme de bureau là, tandis que d'autres projets sortent de terre. La zone franche, lancée en 2004 devient une réalité de plus en plus physique. Elles sont déjà 278 entreprises de moins de 50 salariés (la limite imposée) à bénéficier d'exonérations fiscales et sociales. Dont 247 déjà implantées avant la création de la zone franche. Un effet déjà ressenti ? Ils n'étaient plus que 1 423 demandeurs d'emplois (1) fin 2004, soit 323 de moins qu'en 2000. Gare aux conclusions hâtives : en quatre ans, on compte 147 ménages de plus (2) à vivre du Revenu minimum d'insertion (RMI) et la part des jeunes de moins de 25 ans au chômage progresse. Ils sont 25 % à n'avoir aucun diplôme. Les diplômés ne sont pas épargnés : en 2004, plus d'un tiers des jeunes demandeurs d'emploi avaient le niveau bac ou plus.

Du boulot pour la maison de l'emploi. Plusieurs conseillers et conseillères, de Nantes métropole ou de la mission locale, accompagnent des demandeurs d'emploi dans ce que le quartier appelle « le palais des glaces ». Il ne s'agit pas seulement d'aider à peaufiner les curriculum vitae. Il faut souvent recoudre des fils d'existences brisées. Les conseillers et conseillères le font avec passion et conviction. Chacun d'eux reçoit en gros 600 personnes. Des jeunes diplômés ou sans aucun diplôme, des hommes et des femmes en proie à des obstacles insoupçonnables. « La première difficulté, c'est le manque de mobilité. Prendre le tram pour aller travailler chez un maraîcher du Loroux-Bottereau n'a rien d'évident... », raconte une conseillère. Dans le quartier, un tiers de personnes seulement disposent d'un véhicule. Les emplois sont plus intermittents que jamais et ils se sont éloignés. Vont-ils enfin se rapprocher avec la zone franche ? La règle veut que 30 % du personnel réside dans une Zone urbaine sensible, mais Bellevue n'a pas le monopole. Ces employés - une cinquantaine en 2005 - peuvent venir des huit zones prioritaires de l'agglomération. D'où ce sentiment que l'on inaugure beaucoup, mais que les choses n'avancent guère.

(1) Dont près d'un sur deux dans la partie nantaise.

Ouest-France

** maverick **

 

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